Partager l'article ! Autour des Belcombes: marc bovier dans l'Escalier du Paradis Les propriétaires habitent dans l'immeuble Le ...
C’est ici que commence l’histoire. Dans ces lieux, il est difficile de vérifier l’authenticité des dires, et plus qu’ailleurs, les rêves reflètent la réalité.
Un vague chemin, bordé de cèpes tentant, traverse d’adorables villages paisibles avant d’arriver à la merveilleuse île : Bâcombe. Là, c’est encore le vrai Valais des Michaud, Genoud, Moret, Juilland et Bovier.
La Bise vient de tomber, ce vent du Nord toujours en colère s’est enfin calmé. De partout, on afflue, toutes générations confondues. Le Farinet est déjà noir de monde, on essaie les haut-parleurs, on accorde les instruments.
Dur, dur, ça va être dur de dégoter une table. Si on se mettait là, il y a de jolies étrangères. Garçon ! s’il vous plaît. Il fait la sourde oreille, à croire qu’il n’y en a pas de service. Autant se débrouiller tout seul. Voyons ! Le cuissot de chevreuil, le saucisson vaudois ou le fromage du Val de Bagnes remplaceront judicieusement les œufs de muge salés, séchés et trempés dans la cire.
Qu’est-ce qu’on boit ? Ma foi, vu l’alalum ambiant, autant s’en tenir aux moyens du bord : de l’eau du Val d’Arbi, de la Sierrevoise ou autre vin du Valais, quitte à déguster un autre jour quelques bonnes bouteilles de rèze, de lafnetcha ou de durize.
Les femmes, au teint légèrement abricot, y perpétuent un type d’oiseau au nez sec et fin, aux sourcils opiniâtres, aux yeux bleu foncé, qu’on n’oublie jamais.
Elles consolent, relèvent, aident les enfants, suivant un rythme ancestral.
Les hommes revêtent d’étranges et beaux costumes de couleurs vives. Leurs solides nuques portent de fortes têtes auréolées de chapeaux noirs ou de casquettes à visière d’où s’échappent quelques mèches grisonnantes, dansant comme des feux follets dans le Creblet.
Ils jacassent sur la pierre tiède, ils débouchent des flacons soigneusement dissimulés sous le caillou et à l’heure où le jour devient la nuit, ils s’émerveillent encore du jeu des nuages rougis par le soleil.
Si l’enfant tombe, les femmes ne comptent pas les chutes et savent ne pas raconter tous ses secrets.
Si l’enfant prend l’ascenseur, les hommes osent lui monter la Carte du Tendre enfouie près du ruisseau surgissant du Grand Désert.
Et, lorsque le sextant embrasse tous les galets érodés par la mer, ils se laissent guider par leur âme. Elle les laisse parfois piloter, jusque près du tunnel où la Claire Fontaine de Bâcombe vivifie le randonneur. Et, cela s’entend ! (100 ans)
Tiré du “Terrain des Jeux”, décembre 1996